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Laurent Wauquiez : Révolution culturelle sur le marché de l’emploi des séniors [RHSeniors.com]
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Laurent Wauquiez : Révolution culturelle sur le marché de l’emploi des séniors

Laurent Wauquiez : Révolution culturelle sur le marché de l’emploi des séniors

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Tribune de Laurent Wauquiez - Secrétaire d’Etat chargé de l’emploi

La réforme des retraites veut inciter les séniors à demeurer en activité plus longtemps. Cette population a trop longtemps été considérée comme une variable d’ajustement en cas de ralentissement de l’activité économique. Pendant trente ans les responsables politiques de tout bord ont pris le parti de se servir des séniors pour baisser les chiffres du chômage et rendre les plans de restructuration plus acceptables socialement. Les dispositifs de préretraite et la dispense de recherche d’emploi (DRE) étaient symptomatiques de cet abandon des travailleurs les plus âgés. Syndicats et entreprises cautionnaient cette politique qui leur permettait de déguiser des licenciements en « départ à la retraite ».

Cette approche de court terme a eu des effets désastreux : baisse du taux d’emploi des séniors, creusement du fossé intergénérationnel (les séniors demeurant en poste apparaissaient aux yeux des jeunes comme responsables du chômage qu’ils subissaient), perte de savoir-faire. Les entreprises ont peu à peu refusé d’embaucher des travailleurs de 55 ans, voire de 50 ans. L’idée était profondément ancrée que le départ à la (pré)retraite se situait vers 57 ou 58 ans et que les travailleurs quinquagénaires étaient trop vieux et n’avaient pas d’avenir en entreprise.

Les tenants de cette politique se justifiaient par deux idées reçues erronées : les départs anticipés à la retraite permettaient aux jeunes d’intégrer le marché du travail et les travailleurs séniors, moins productifs, devaient être une variable d’ajustement des entreprises
Or on constate en réalité que les pays où les séniors sont les plus nombreux à travailler sont également ceux où les jeunes subissent le moins le chômage. Par ailleurs l’expérience des travailleurs séniors est précieuse et il est essentiel de leur permettre de transmettre leur savoir-faire.

Depuis trois ans, le gouvernement veut changer cette situation. Pour cela, si le recul de l’âge légal de départ à la retraite est utile et efficace (l’Allemagne ou la Finlande, qui ont augmenté leur âge légal de départ à la retraite, ont connu une hausse de 10 points du taux d’emploi des seniors en moins de dix ans), une révolution d’ensemble doit aussi être opérée afin de modifier en profondeur le regard des entreprises sur les travailleurs âgés.

Le combat pour l’emploi des seniors est une priorité du gouvernement. Pour le gagner les incitations financières et les nouveaux dispositifs légaux doivent s’accompagner d’une véritable révolution des mentalités. Nous sommes persuadés que tous les acteurs économiques, politiques et sociaux ont conscience de l’importance de notre démarche et l’accompagneront vers son succès.

Les mesures prises s’articulent autour de trois axes.

Il s’agit en premier lieu d’en finir avec les dispositifs visant à faire sortir précocement les séniors du marché du travail, afin de diminuer artificiellement les statistiques du chômage. Nous préférons lutter contre celui-ci par d’autres moyens que la manipulation des chiffres et encourager les travailleurs âgés à demeurer en activité. Les recours aux préretraites et à la DRE ont donc été progressivement durcis et devraient être bientôt rendu impossibles.

Nous voulons également valoriser l’emploi des séniors. L’amélioration du système de surcote va dans ce sens, tout comme la levée des obstacles au cumul emploi-retraite (fin du délai de six mois avant de reprendre un poste chez son ancien employeur, élévation du plafond de cumul des ressources).

Il est également indispensable de fournir des incitations aux entreprises afin qu’elles modifient leurs pratiques et le regard qu’elles portent sur les séniors. Depuis le 1er janvier 2010 les entreprises de plus de cinquante salariés doivent élaborer un Accord ou « plan d’action relatif à l’emploi des salariés âgés ». Différents thèmes sont abordés dans ce document et des objectifs chiffrés en termes de maintien dans l’emploi et/ou de recrutement sont établis. Aujourd’hui 12 millions de salariés sont couverts par l’un des 80 Accords de branche ou des 33 900 Accords d’entreprise et plans d’action. Seules 250 entreprises ont fait le choix de payer la pénalité de 1 % de leur masse salariale.

Notre travail porte ses fruits puisque depuis 2007, le taux d’emploi des 55-59 ans a augmenté de plus de 5 % et atteint désormais 60 %, alors qu’il était de 46,9 % en 1990, de 48,2 % en 2000 et de 55,3 % en 2007. En matière d’emploi des 55-59 ans la France se situe désormais dans la moyenne européenne.

Il est toutefois indispensable de poursuivre ces efforts. C’est pourquoi le projet de loi sur les retraites prolonge notre soutien à l’emploi des séniors avec un nouveau dispositif d’aide à l’embauche pour les chômeurs de plus de 55 ans :

- Un dispositif lisible : l’aide à l’embauche est versée pendant 1 an, et elle revient à supprimer pratiquement toutes les charges pour les rémunérations au niveau du SMIC ;
- Un dispositif efficace, car il favorise l’accès durable à l’emploi : l’aide concerne en effet toutes les embauches en CDI ou en CDD de plus de six mois.

Parallèlement, le Gouvernement veut tout mettre en œuvre pour valoriser la transmission des savoirs. Pour cela, un dispositif efficace existe, le tutorat. Grâce au tutorat, un salarié senior forme un jeune et lui permet de bénéficier de son expérience acquise dans l’entreprise. Ce dispositif gagnant pour le jeune comme pour le salarié âgé doit être développé : dans cette perspective, les plafonds de prise en charge des frais vont être majorés pour les tuteurs qui se trouvent à un an de leur âge légal de départ en retraite.

 

Par Laurent Wauquiez le 13-10-2010 Imprimer l'article

 

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