Evolution de la
société : 5 questions
Il est évident que notre société va devoir inventer le
troisième âge de la vie. Aujourd’hui, nos politiques de la
vieillesse s’intéressent en fait surtout au quatrième âge.
C’est important, mais ce n’est pas suffisant. L’allongement
de la durée de la vie, c’est en effet d’abord l’allongement
de la durée de la vie en bonne santé. C’est une nouvelle
formidable, mais pour laquelle nous devons inventer le modèle de société
qui va avec.
Je souhaite tout faire pour que les seniors se maintiennent le plus longtemps
possible actifs et bien insérés dans la société.
J’observe qu’ils ne nous ont pas attendus pour le faire. Leur contribution
est décisive pour aider leurs enfants jeunes adultes, prendre en charge
leurs parents très âgés, remplir des missions de bénévolat
multiples et variées. Je veux supprimer les droits de donation et de
succession, à l’exception des très gros héritages,
pour encourager et valoriser la générosité des seniors
qui aident leurs proches à démarrer dans la vie. Je veux inciter
les seniors à conserver une activité le plus longtemps possible
en autorisant le plein cumul entre une retraite et un emploi, en créant
des possibilités d’activité rémunérée
à temps partiel, par exemple les études dirigées dans les
écoles pour les anciens enseignants, et en allouant des droits à
ceux qui ont une activité bénévole. Je veux inciter les
seniors à avoir une activité sportive régulière.
Je ne crois pas au conflit entre les générations, précisément
parce que les quinqua, les sexa et les septuagénaires d’aujourd’hui
jouent un rôle pivot dans la société. Mais cela suppose
de garantir aux jeunes générations qu’elles auront accès,
elles aussi, au système de la retraite par répartition. Je veux
dire les choses clairement : si la durée de la vie s’allonge, il
faut que chacun accepte de travailler un peu plus longtemps. C’est pourquoi
je veux conforter la loi Fillon de 2003 sur les retraites et la compléter
par une réforme des régimes spéciaux. Ceux qui disent vouloir
abroger ou remettre à plat la loi Fillon prennent une lourde responsabilité
en faisant miroiter aux Français un système alternatif qui n’existe
pas.
Si chacun devra travailler un peu plus, je suis également conscient qu’il
faut améliorer les conditions de travail des seniors. Les entreprises
doivent intégrer le fait que les seniors vont devoir travailler plus
longtemps et elles doivent leur créer des emplois adaptés à
cette fin. Il est certain que l’on ne peut pas travailler de la même
façon à 30 et 65 ans. Je souhaite également que nous réfléchissions
à des systèmes de retraites progressives. Meilleures conditions
de travail pour les seniors, consolidation de la réforme Fillon, et,
par-dessus tout, retour au plein emploi, voilà ce qui nous préservera
d’un conflit intergénérationnel.
Discrimination par l’âge : 4 questions
Les discriminations selon l’âge sont, comme toutes les discriminations,
évidemment inacceptables. Il faut les combattre sur le terrain du droit,
et à cet effet que je veux renforcer les moyens de la HALDE, mais il
faut aussi créer les conditions pour qu’elles ne soient pas la
conséquence de l’échec de nos politiques économiques
et sociales.
En ce qui concerne l’emploi, c’est le chômage de masse qui
est à l’origine de nos maux. Dans une société où
tant de chômeurs cherchent désespérément un emploi,
les discriminations les plus arbitraires peuvent avoir libre cours. Rétablir
le plein emploi, ce que je crois possible en cinq ans, et ce qui est mon objectif
grâce à la valorisation du travail et à la mobilisation
de toutes les forces de travail, est donc la meilleure manière de permettre
aux seniors de faire valoir leurs droits sur le marché du travail.
En ce qui concerne la santé, le rationnement des soins serait la pire
menace qui pourrait survenir. Elle se réalisera si nous ne sommes pas
capables d’investir suffisamment dans la santé et d’équilibrer
le financement de l’assurance-maladie. Voilà pourquoi je tiens
absolument à lutter contre les fraudes, les abus et les gaspillages qui
représentent actuellement plus d’argent que le déficit de
l’assurance-maladie. Un euro pour la santé est trop précieux
pour qu’il soit gaspillé.
Quant à la prise en charge des personnes très âgées,
de la dépendance, et la lutte contre l’isolement, de manière
égale sur tout le territoire, seule la création d’une cinquième
branche de la protection sociale est de nature à garantir que la société
y consacre suffisamment d’argent. Voilà pourquoi je souhaite sa
création. Notre objectif doit être de veiller à ce que tous
nos territoires soient préparés à faire face à cette
question et qu’ils puissent garantir à chacun le libre choix entre
le maintien à domicile et l’hébergement en maison de retraite.
Je le dis avec beaucoup de conviction : je pense que l’honneur d’une
civilisation est dans la manière dont elle s’occupe de ses personnes
âgées.
Solidarité et financements : 8 questions
La pauvreté de nombreuses personnes âgées est une réalité,
notamment pour les femmes. Le minimum vieillesse n’est même pas
égal au seuil de pauvreté. C’est dire à quel point
notre pays s’est appauvri depuis 25 ans, puisqu’il n’est même
pas capable d’assurer un niveau de vie digne à toutes ses personnes
âgées. Il n’y a pas de fatalité à cette situation.
Notre pays doit créer de nouveau des richesses pour pouvoir entreprendre
les grandes politiques de solidarité dont il a besoin.
Si je souhaite réformer les régimes spéciaux de retraite,
c’est dans un souci d’équité avec les salariés
du privé et du régime général des fonctionnaires.
C’est aussi pour dégager les ressources nécessaires à
l’amélioration de la situation des personnes âgées
pauvres, et en particulier les femmes. Je souhaite notamment augmenter de 25%
le montant du minimum vieillesse et faire passer de 54 à au moins 60%
le taux des pensions de réversion.
Je n’envisage pas un instant de financer la cinquième branche de
la protection sociale que je veux créer par une augmentation des prélèvements
obligatoires. Notre pays ne peut pas se permettre de continuer à avoir
la fiscalité la plus dissuasive de tous les pays industrialisés.
C’est pourquoi je veux transférer des ressources existantes vers
le financement de la cinquième branche, ce qui suppose de faire des économies
ailleurs. C’est le but de la révision générale des
politiques publiques que j’entreprendrai si je suis élu. Elle consiste
à examiner, politique publique après politique publique, l’efficacité
de nos actions, supprimer les politiques inutiles pour renforcer les politiques
nécessaires et créer les politiques nouvelles dont nous avons
besoin.
Je veux enfin ajouter que, si la solidarité nationale doit veiller à
assurer à toutes les personnes âgées un niveau de vie décent
et une prise en charge digne de la dépendance, rien ne remplacera l’implication
des familles et des associations pour maintenir du lien social et éviter
l’isolement de nos personnes très âgées. Voilà
pourquoi je veux « aider les aidants à aider », c’est-à-dire
soutenir les familles et les bénévoles qui s’occupent de
personnes âgées. Concrètement, je veux que le bénévolat
régulier ouvre droit à certains droits sociaux, notamment en termes
de formation et de retraite, que la vie quotidienne des actifs, en particulier
des femmes, soit facilitée pour leur permettre de dégager du temps
pour leur famille, et que chacun d’entre nous puisse prendre un congé
de solidarité familiale rémunéré pour s’occuper
d’un proche en fin de vie. J’entends faire du service civique obligatoire
une occasion pour tous les jeunes de découvrir la richesse du service
des autres et de l’intérêt général.