Logement et Seniors européens : la maison individuelle

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Six Européens de
50 ans et plus sur dix vivent dans une maison plutôt qu’en appartement ;
80 % de ces seniors qui habitent une maison en sont propriétaires contre seulement
46 % s’ils vivent en appartement.
Chacun d’eux dispose en
moyenne de deux pièces. Ce nombre de pièces est plus élevé en Europe du nord
où l’on cohabite peu avec ses enfants que dans le sud où la corésidence entre
générations est fréquente, et en Pologne où les logements sont plus petits.
Presque deux tiers des seniors européens ont un enfant qui partage leur logement
(pays du sud), vit dans le même bâtiment qu’eux (pays du centre) ou du moins,
vit à moins de 5 km. Cette proximité facilite les échanges de services. Quel
que soit le pays, peu de logements sont adaptés aux handicaps liés au grand
âge.
Les 50 ans et plus
vivent dans des maisons
Dans 13 pays de l’Union européenne, 30 000 personnes de 50 ans et plus ont été
enquêtées simultanément sur leurs conditions de logement. On les appellera les
seniors « européens » bien qu’elles ne représentent pas la totalité des
pays d’Europe (source). En 2006, 62 % de ces seniors européens vivent dans une
maison plutôt qu’en appartement dans un immeuble collectif . En Belgique, 88
% habitent une maison, 75 % aux Pays-Bas et au Danemark, alors qu’en Espagne
et en Suisse, ils ne sont que 50 %, et 33 % en République tchèque. L’évolution
de ces proportions par groupe d’âge résulte d’effets de génération qui jouent
dans des sens opposés selon les pays. En Pologne, Grèce ou Espagne, le déclin
de l’emploi agricole s’est traduit par un exode rural, et donc un abandon de
la ferme au profit de la vie en appartement. En revanche, aux Pays-Bas, au Danemark,
en Suède et en Belgique, la propriété de maisons s’est développée aux dépens
de la location d’appartements. Dans les pays où les évolutions sont moins nettes,
les deux types de changements ont pu être simultanés et se compenser, comme
par exemple en France.
Plus de deux pièces par personne, sauf dans les pays de l’est de l’Europe
Les seniors européens disposent, en moyenne, de deux pièces par personne. Ce
nombre est inférieur à la moyenne en République tchèque, en Grèce et en Italie
car la taille des ménages y est plus grande, ainsi qu’en Pologne où les logements
ont en moyenne moins de pièces. En Pologne, 37 % des 50 ans et plus disposent
de moins d’une pièce par personne alors qu’ils ne sont que 16 % en Grèce, 10
% en Italie, 8 % en République tchèque, 6 % en Espagne, 3 % en France et en
Autriche, et moins de 1 % dans les autres pays participant à l’enquête. À l’opposé,
22 % des 50 ans et plus disposent de plus de trois pièces par personne en Belgique
et en Suisse, entre 13 et 18 % dans la plupart des autres pays, 7 % en Italie,
presque 5 % en Grèce et en République tchèque et seulement 2 % en Pologne. La
Pologne et la Grèce se distinguent par un espace par personne plus faible à
tout âge. En Espagne et en Italie, seuls les 50-59 ans manquent d’espace parce
qu’ils cohabitent encore souvent avec leurs enfants.
Le nombre de pièces par personne augmente avec l’âge : d’abord, entre 50
et 69 ans, en lien avec le départ des enfants ; ensuite, après 70 ans,
à cause du décès du conjoint.
Être proche sans
vivre ensemble
Plus du quart des seniors européens cohabitent avec un enfant. La cohabitation
entre générations au sein d’un même logement est fréquente en Pologne, Espagne,
Italie et Grèce. Dans un groupe large de pays d’Europe centrale et méditerranéenne
(Autriche, République tchèque, Pologne, Allemagne, Grèce, et Italie), sans que
les générations cohabitent, entre 8 et 15 % des 50 ans et plus ont un enfant
qui habite dans un autre logement du même bâtiment. Ce mode de vie est très
rare dans les autres pays, sauf en Suisse (5 %) et en Espagne (4 %). Ces deux
formes de « vie familiale rapprochée » semblent assez distinctes. La probabilité
d’habiter dans le même bâtiment sans partager le même logement est deux fois
plus élevée quand on vit dans une maison que lorsque on vit en appartement dans
un immeuble collectif. Ceci est lié à une architecture particulière des maisons
qui permet de les diviser en deux logements. Partager son logement avec un enfant
est, toutes choses égales par ailleurs, plus fréquent si l’on est propriétaire
ou veuf(ve), tandis qu’habiter dans le même bâtiment semble caractériser les
seniors les plus âgés, de la classe moyenne, vivant hors des grandes villes
et locataires. Globalement, 62 % des seniors européens ont un enfant qui habite
à moins de 5 km. Cette proximité procure à la famille des occasions d’échanges
de services, échanges qui peuvent être importants à la fois pour les parents
et pour leurs enfants. Ainsi, par exemple, toutes choses égales par ailleurs,
le fait d’avoir des limitations motrices augmente la probabilité de vivre dans
le même immeuble qu’un de ses enfants, qui peut ainsi apporter son aide au quotidien.
Peu de logements sont adaptés au grand âge
Avec le vieillissement de la population européenne, les besoins en logements
adaptés à des personnes de moins en moins valides s’accroissent. Les pays sont
inégalement préparés à cette situation, et cette impréparation est d’autant
plus visible que la maison prédomine, souvent moins commode qu’un appartement
pour les personnes les plus âgées. Les Pays-Bas, la Suisse et le Danemark offrent
les logements les mieux équipés pour des personnes handicapées. Si l’on se restreint
à la population qui en a le plus besoin, celle qui a au moins trois limitations
motrices, on peut ajouter la Suède aux pays bien équipés. Globalement, 9 % des
maisons et entre 16 et 26 % des appartements sont équipés aux Pays-Bas et au
Danemark. La moyenne des 13 pays européens est de 5 % pour les maisons et 7
% pour les appartements. L’Espagne et l’Allemagne suivent de près la Suède.
L’Autriche, la Belgique et la France (6 %) sont dans la moyenne ; la République
tchèque et l’Italie un peu en dessous. La Grèce et la Pologne ont les taux d’équipement
les plus bas (moins de 2 %). Les équipements sanitaires de base sont au contraire
largement répandus, sauf en Pologne et en Grèce où plus d’un senior sur dix
ne dispose pas de W-C à l'intérieur de son logement.
La propriété de la résidence principale divise l’Europe en trois groupes
de pays
Être propriétaire de sa résidence principale est extrêmement fréquent chez les
seniors des trois pays du sud (Grèce, Espagne et Italie) et en Belgique. En
Pologne et en République tchèque, où les locataires ont souvent pu acheter le
logement qu’ils occupaient, la proportion de propriétaires est également forte.
À l’autre extrême, l’Autriche, la Suisse, l’Allemagne et les Pays-Bas, ont un
large secteur locatif (compris entre 43 et 47 %). Ces quatre pays ont une bonne
offre locative, une forte protection du locataire, ou une offre de logement
social ou à loyers contrôlés qui augmente le coût relatif de la propriété par
rapport à la location. Suède, Danemark et France occupent une position médiane.
Les écarts entre pays sont liés avant tout aux différences dans l’organisation
des marchés du logement : taxation de la propriété occupante, particularités
culturelles, institutionnelles ou historiques.
L’impact du parc
social
Dans la plupart des pays européens, le secteur locatif subventionné existe mais
prend des formes différentes (social, public, associatif). Même si les systèmes
diffèrent en termes de conditions d’éligibilité ou de niveau de loyer, l’offre
subventionnée a pu jouer un rôle important dans le parcours résidentiel de certains
seniors européens. Le logement social constitue 35 % du stock total aux Pays-Bas
et entre 15 et 20 % de l’offre en Autriche, Pologne, Suède, Danemark, France
et République tchèque. Sa part est plus faible ailleurs. Proche de 6 % en Allemagne
et Suisse, de 5 % en Italie et Belgique, de seulement 2 % en Espagne, elle est
inexistante en Grèce. Par ailleurs, dans la plupart des pays, les locataires
sont protégés et l’évolution des loyers contrôlée. Même si être propriétaire
est une sécurité, l’entretien (réparations, rénovation...) et la gestion du
logement peuvent se révéler lourds pour une personne très âgée, pour laquelle
être locataire est une alternative.
Les propriétaires privilégient la maison plutôt que l’appartement
Plus de 80 % des seniors habitant une maison en sont propriétaires, contre seulement
46 % quand il s’agit d’un appartement. On peut distinguer deux groupes de pays.
Dans le premier, qui va de la Suède à la Suisse, avoir un revenu élevé, appartenir
à une génération plus récente ou être marié va de pair avec un habitat individuel.
Ils s’agit alors de maisons familiales confortables auxquelles ont accédé les
classes moyennes et supérieures. Dans un second groupe formé des pays méditerranéens,
de l’Autriche et des deux pays de l’est de l’Europe étudiés, ces corrélations
n’existent pas, voire s’inversent parfois : dans ces pays, une maison est
sans doute souvent plutôt un bâtiment ancien qu’une construction moderne confortable.
Le taux de propriété est plus élevé pour les maisons que pour les appartements,
mais il est aussi le résultat d’effets de cycle de vie et de cohorte. L’âge
a un effet positif sur le fait d’être propriétaire jusqu’à 58 ans, car la plupart
des premiers achats se font avant 50 ans. Au-delà de 58 ans l’effet est négatif :
plus on est âgé, moins on est propriétaire. Cependant passer de la propriété
à la location est rare avant 80 ans. Le déclin observé «avec l’âge» est en bonne
part un effet de génération : dans de nombreux pays, la propriété s’est
développée après la seconde guerre mondiale parallèlement à l’offre de crédit,
puis à la fin du XXe siècle, quand le logement locatif social a décliné. Dans
tous les pays, la proportion de propriétaires occupants parmi les 50 ans et
plus augmente d’une génération à la suivante. La tendance est spectaculaire
aux Pays-Bas où la proportion de propriétaires fait plus que doubler entre les
80 ans et plus nés avant 1925 (30 %) et les 50-59 ans nés après 1945 (74 %).
Dans ce pays, une partie des logements sociaux ont été vendus, et les 50 ans
et plus en ont profité. La même évolution vers la propriété s’est produite dans
de nombreux autres pays, mais souvent elle s’arrête avec les générations âgées
de 60 à 69 ans et le taux de propriétaires demeure stable pour les générations
suivantes.
Un revenu élevé augmente
en général la probabilité d’être propriétaire. Ce n’est pas le cas en Espagne,
où la propriété est la norme, ni en Belgique ou en République tchèque où la
propriété de leur logement a été transférée à de nombreux locataires. Moins
le niveau d’urbanisation est élevé, plus on est propriétaire, sans doute parce
que le prix du terrain est moindre. Notons qu’à chaque âge, il y a moins de
propriétaires parmi les femmes que parmi les hommes (sauf en Espagne). Et ce,
uniquement pour des raisons financières car ce n’est plus le cas dès qu’on raisonne
à revenu égal.
Une mobilité résidentielle
faible
En moyenne, les personnes de 50 ans et plus sont très peu mobiles : elles
vivent depuis 27 ans dans leur logement. Cette durée augmente avec l’âge. C’est
en Suède, au Danemark et au Pays-Bas que les habitants sont les plus mobiles.
À l’autre extrémité, la Pologne, l’Autriche, la République tchèque et les trois
pays du sud étudiés ici sont ceux où les seniors sont les moins mobiles. En
raison de cette faible mobilité et d’un faible taux d’adaptation des logements
au handicap, un travail d’équipement sera nécessaire dans certains pays pour
faire face au vieillissement de la population.
Source : Insee
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