Par Guillaume
fernandez est docteur en sociologie et membre de l'atelier de recherche sociologique
de l'UBO.
Les enjeux démographiques
et sociologiques du vieillissement
Notre époque s’interroge
beaucoup sur les « personnes âgées » et réfléchit
sur leur place dans la société, sur le « problème
» que constitue la vieillesse, et sur les bonnes manières de le
prendre en charge. Cette réflexion touche à des domaines très
divers qui sont à la fois d’ordres démographiques, sociaux,
économiques, politiques, juridiques, culturels, etc.
Pourquoi ces interrogations
aujourd’hui et cette réflexion sur cet âge de la vie ?
Plusieurs raisons peuvent
être avancées à cela. Bien sûr le désormais
célèbre problème des retraites vient à l’esprit
de chacun quand on aborde la question de la vieillesse aujourd’hui, et
il est vrai que le vieillissement de la population pose un certain nombre de
difficultés à nos systèmes sociaux. Mais je plaiderais
que ce n’est peut-être pas le problème le plus fondamental
et pas la cause principale de notre intérêt actuel pour le vieillissement.
Ce n’est en tout cas pas sous cet angle que nous aborderons la question
ici.
De façon plus globale,
nous partirons de l’idée que si la société se préoccupe
tellement du vieillissement, c’est parce qu’elle ne sait pas très
bien comment réagir devant ce phénomène. La vision que
nous avons collectivement de cet âge de la vie, après une période
de très grands changements, a perdu de sa précision et de sa simplicité
et nous n’avons plus les clés sociales et culturelles pour l’appréhender.
Il est facile de noter que les différents discours qui circulent sur
la question oscillent aujourd’hui entre une vision positive qui se félicite
des gains d’espérance de vie, vus comme une sorte de « victoire
de la longévité » et une vision plus négative qui,
tout de suite après le cri de victoire, s’empresse d’imaginer
tous les problèmes que va poser immanquablement la présence de
tant de personnes âgées.
La vieillesse est donc prise
dans ce paradoxe où, de plus en plus présente socialement avec
une augmentation forte du nombre de personnes vivant aux âges les plus
élevés, elle est aussi de plus en plus difficile à appréhender.
Autrement dit, bien qu’ayant parmi nous et autour de nous de plus en plus
de personnes âgées, nous les connaissons peut-être de moins
en moins bien et nous ne savons pas très bien comment nous situer par
rapport à elles. Il semble d’ailleurs qu’elles-mêmes
ne savent pas très bien définir leur place.
Les enquêtes montrent
régulièrement que les vieilles personnes ressentent aussi l’ambivalence
de leur situation, prises entre la revendication du droit à profiter
pleinement d’une retraite méritée après une longue
vie de travail, et le regret parfois de n’être pas plus utile après
le départ à la retraite. Elles en montrent aussi la fragilité
et combien le bien-être d’une personne âgée tient parfois
à peu de choses et peut se détériorer très vite
quand son entourage proche se transforme.
C’est à ces
différents points que nous proposons de réfléchir ensemble
en traitant de la transformation de la vieillesse et en faisant un point sur
les modes de vie des personnes âgées aujourd’hui dans leur
nouvelle complexité.
Par Guillaume
fernandez est docteur en sociologie et membre de l'atelier de recherche sociologique
de l'UBO.
Il est formateur
chargé d'enseignement au service de formation continue de l'université
de Bretagne Occidentale il intervient beaucoup auprès de professionnels
du travail social et de la santé qui se forment aux questions spécifiques
du vieillissement et du handicap.