Devant l'ampleur et la gravité
du problème des abus envers les personnes aînées, quatre
organismes oeuvrant auprès de cette clientèle réclament
une action prioritaire et concertée de l'ensemble des acteurs gouvernementaux
concernés. L'Association québécoise de défense des
droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR),
l'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs
public et parapublic (AQRP), l'Ordre professionnel des travailleurs sociaux
du Québec (OPTSQ) et le Réseau québécois pour contrer
les abus envers les aînés (RQCAA) demandent conjointement au gouvernement
du Québec de préparer et de mettre en oeuvre le plus rapidement
possible une politique gouvernementale contre les abus et la maltraitance envers
les personnes aînées.
« Les aînés
sont concernés par l’ensemble des secteurs d’activités
socioéconomiques de même que par l’ensemble des politiques
publiques dont le revenu, le logement, la santé, la sécurité
publique, etc. Une politique gouvernementale interministérielle pourrait
permettre une plus grande harmonisation des diverses actions du gouvernement
utiles à l’État comme aux personnes aînées
du Québec, et par conséquent à l’ensemble de la société
québécoise », a déclaré M. Norbert Rodrigue,
président de l'AQDR.
« Trop de personnes
aînées subissent en silence les abus dont elles sont les victimes.
Il existe clairement un champ d'intervention gouvernementale qu'il est urgent
d'occuper, dans le meilleur intérêt du million de personnes aînées
que compte le Québec. Tous les secteurs du gouvernement doivent donc
être mobilisés afin de mieux protéger les personnes aînées,
dans le respect de leurs droits », a ajouté le président
de l'AQRP, M. Roger Bellavance.
« L’Ordre professionnel
des travailleurs sociaux du Québec et ses 7 000 membres appuient l’idée
d’une politique gouvernementale contre la violence aux aînés,
laquelle affirmerait clairement que les personnes aînées sont des
citoyens à part entière et que les programmes, les services et
les soins soient organisés de façon à leur permettre de
vivre la vie qu’ils souhaitent vivre, non pas la vie que l’on pense
être bonne pour elles. L’OPTSQ propose notamment que l’ensemble
des intervenants et des professionnels qui œuvrent auprès des personnes
âgées reconnaissent formellement que les abus de toutes sortes,
les situations de manque de respect face aux aînés et à
leur dignité ne soient plus tolérées et même dénoncées
», a soutenu M. Claude Leblond, président de l'OPTSQ.
« Quand on traduit
le fait que 80% des cas d’abus ne seraient jamais signalés au Québec,
cela pourrait représenter 750 000 personnes aînées victimes
d’abus annuellement. Ne pas agir à l'encontre de ce fléau
nous rend complice comme société et fait en sorte que nous contribuons
à perpétuer l’abus et la maltraitance envers nos aînés.
Nous ne sommes pas encore en mesure d’offrir tout le support et l’accompagnement
nécessaires aux aînés victimes de violence. Il est temps
d’un engagement gouvernemental pour y remédier », a conclu
Mme Hélène Wavroch, directrice générale du RQCAA.
Par ailleurs, d'autres organismes
appuient cette demande, dont la Chambre des notaires du Québec. «
Pour nous, il est clair qu'il faut agir et identifier une mesure gouvernementale
concrète qui veillera à l'intérêt et au respect de
l'autonomie des personnes aînés », affirme pour sa part le
président de la Chambre des notaires du Québec, Me Denis Marsolais.
Un appui est également
venu de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).
« Nous mesurons les valeurs d'une société à sa façon
de traiter les personnes âgées », déclare Mme Gyslaine
Desrosiers, présidente de l'OIIQ. « Il est temps en effet de prendre
tous les moyens pour garantir leur dignité », de poursuivre Mme
Desrosiers.
Selon le RQCAA, annuellement,
plus de 150 000 aînés sont victimes d'abus :
* 42 000 sont exploités
financièrement ;
* 40 000 subissent de la violence psychologique ;
* 25 000 sont assujettis à la violence physique ;
* 3 000 sont violentés sexuellement.
80% des cas d'abus ne seraient
jamais signalés.
Rappelons le témoignage
de la curatrice publique, Diane Lavallée, lors de la récente consultation
sur les conditions de vie des personnes aînées : « Au Curateur
public, nous traitons annuellement plus de 250 signalements concernant des personnes
aînées inaptes ou soupçonnées d’inaptitude.
Nous pouvons agir auprès de ces personnes vulnérables mais nous
ne pouvons le faire seul. Une mobilisation de tous les acteurs concernés
est donc nécessaire pour nous assurer, en tant que société,
de la qualité de vie de nos concitoyens plus vulnérables et de
leur reconnaissance en tant qu’individus.»